26 oct. 2009

Bouygues, l'Hôtel de la Marine et l'Etat

Une mauvaise fable. Au verso de la couverture du hors-série "Le Patrimoine en France 2009" de la revue CONNAISSANCE DES ARTS sorti en septembre dernier, on tombe sur une pub pleine page pour le mécène BOUYGUES. Une publicité à son image, basique et d'une totale pauvreté esthétique. Sobre dirait-on pour ne pas être méchant. On a beau savoir que le groupe milliardaire a financé et suivi la restauration de l'Hôtel de la Marine, sur la place de la Concorde à Paris, pour un montant de 6,3 millions d'euros, voir son logo orange fleurant bon le béton associé à la grâce d'un édifice construit au XVIIIe siècle par Ange-Jacques Gabriel, l'architecte du Petit Trianon, nous laisse coi.
Déjà, en février dernier, on avait bien rigolé quand Christine Albanel, la ministre de la Culture, avait remis à Martin Bouygues, fidèle de Sarkozy, la médaille de Grand Mécène de la Culture pour la contribution de son groupe "à la préservation autant qu’au renouvellement de notre patrimoine". On pensait alors à ses HLM, ses lotissements, ses prisons, à TF1, au temps disponible de nos cerveaux pour les pubs...
Aujourd'hui, on nage en plein cynisme. Au lieu d'ouvrir ses salons si magnifiquement meublés au public, l'Hôtel de la Marine, bien national, fait l'objet de tractations de l'Etat qui cherche à s'en débarrasser en le louant à une société privée. Devant l'imbroglio juridique, le joyau pourrait sortir du domaine public en étant déclassifié ! On cauchemarde comme le dénonce, depuis des mois, LA TRIBUNE DE L'ART. Dans le silence assourdissant du ministère de la Culture et de Frédéric Mitterrand qui avait pourtant des mots si émouvants lors des Journées du Patrimoine...

:: Pétition pour l'avenir de l'Hôtel de la Marine par l'association des Amis de l'Hôtel de la Marine présidée par Olivier de Rohan-Chabot

1 commentaire:

  1. Jean DUCROS16/02/2010 14:13

    QUELQUES RAPPELS à propos de l'HÔTEL DE LA MARINE

    A l'heure où un projet d'aliénation pèse sur le destin de ce Monument historique construit par l'Etat pour la gloire des Arts et de la France, l'association des Amis de l'hôtel de la Marine, déclarée en 1978, se sent spécialement engagée à rappeler la place éminente que ce bâtiment occupe dans notre culture. Les collections mobilières qu'il abrite - dont une partie considérable est elle-même classée " Monument historique " sont des témoins, tout autant que les murs et les décors immeubles par destination, de notre histoire nationale.

    Conçu par Jacques Ange Gabriel pour être le premier musée de la capitale (car c'est bien cela qu'était le Garde-Meuble de la Couronne) et en même temps pour être le siège d'une administration royale et la résidence - socialement mêlée - de serviteurs de la Maison du roi. Achevé par Jacques Germain Soufflot et aménagé par les meilleurs décorateurs du XVIIIe siècle, cet édifice placé au coeur de Paris a été, depuis son ouverture au public en 1775, un véritable emblème national. De la visite que l'empereur Joseph II, beau-frère du roi Louis XVI, y fit le 2 mai 1777, jusqu'à la grande exposition de 1989 (Bicentenaire de la Révolution), ou furent rappelées et même révélées de nombreuses pages de l'histoire de notre pays, l'hôtel de la Marine (classé Monument historique en 1862), n'a pas cessé pendant plus de deux siècles, d'être un haut lieu de la politique, des sciences, des arts et des lettres. Une sorte de cathédrale laïque !

    Or, de la fin du XVIIIe à la première partie du XXe siècle, l'administration centrale de la Marine y était plus civile que militaire. Aussi, est-ce à son siège qui fut élaborée l'abolition de l'esclavage, par le ministre François Arago - grand savant et grand humaniste - et par le secrétaire d'Etat Victor Schoelcher.On remplirait des volumes du récit des grands événements qui, en plus de deux siècles, ont donné âme à l'hôtel de la Marine.

    Quel que soit le type d'aliénation de ce monument auquel songent des services financiers de l'Etat, un décrochement de la puissance publique serait incohérent avec la belle intention de M. le président de la République de voir installer un musée de l'Histoire de France " dans un lieu symbolique ".

    En outre, au moment où les urbanistes déplorent que l'habitat contemporain ne facilite pas la mixité sociale, le prestigieux bâtiment de la place de la Concorde offre un exemple irremplaçable, au coeur de Paris, de la réunion sous un même toit - au temps de Louis XV - de logements destinés à des personnes de classes sociales très différentes. Avec un manque étonnant de culture sociale, on se laisse épater par les lambris dorés de Napoléon III et de la IIIe République, tandis que l'on néglige des locaux du XVIIIe siècle moins rutilants mais plus significatifs de la vie des Français au siècle des Lumières.
    Une soixantaine de pièces, au moins, restent à remettre en état dont on vourait faire croire... qu'elles n'existent pas !

    Voici en vingt lignes, quelques-unes des raisons qui animent notre action pour que l'hôtel de la Marine garde la vocation d'un haut Lieu national et s'ouvre à un large public. Comme dans "La Marseillaise", il y trouvera sa " mémoire et la trace des vertus de la France. "

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